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Découper le temps en France et en Europe à l’époque moderne.

Dans les sources du XVIe siècle en France, on trouve souvent précisé « avant Pâques ». C’est que le temps ne se découpe pas alors de la même manière et les contemporains ont vécu de curieux changements dans leur calendrier : en 1564, leur année commença le 2 avril, et s’acheva le 31 décembre ; et en 1582, l’on s’endormit un 4 octobre pour se réveiller un 15 octobre ! Le temps serait-il devenu capricieux ? Ces changements viennent en fait du découpage du temps, et des profondes réformes pour ajuster au mieux le découpage de l’année à l’année solaire.


L’année ne commence pas au 1er janvier


L’époque moderne emploie un autre découpage des années, et l’on parle alors de « style » pour désigner les moments auxquels commencent les années. Ainsi, l’Europe connaît plusieurs styles. Parmi eux, on peut noter le style de Pâques, c'est-à-dire que l’année débute à Pâques, fête fixée, selon le concile de Nicée (325), au dimanche suivant le la pleine lune qui suit l’équinoxe, fixée au 21 mars. C’est donc une fête mobile, entre la fin mars et avril, et ce style est utilisé en France par exemple. Selon les régions, l’année peut commencer à une date différente : la fête de l’Annonciation, au 25 mars, à Florence, Noël, 25 décembre, en Savoie.

Néanmoins, dans la seconde moitié du XVIe siècle, plusieurs pays décident de fixer l’année au 1er janvier. Parmi eux, la France où le roi, par l’édit de Paris, daté de janvier 1564 (selon notre calendrier) fixe le début de l’année au 1er janvier pour l’année suivante ; une déclaration du 9 août 1564, donnée à Roussillon, précise les modalités d’application. Cependant, le Parlement de Paris n’enregistra cet édit qu’en 1567. D’autres Etats lui emboîtent le pas : la Savoie adopte le 1er janvier en 1572, la Lorraine par une ordonnance du 15 novembre 1579. En revanche, certains restent longtemps dans un style différent, comme l’Angleterre qui emploie le style de l’Annonciation jusqu’en 1751, une année qui commença au 25 mars et s’acheva au 31 décembre, puisque l’on commença l’année 1752 au 1er janvier.

Ces styles ont une incidence sur des recherches généalogiques, particulièrement pour les documents du XVIe siècle en France. En effet, pour un document daté avant 1565 et se plaçant entre janvier et avril, il convient de vérifier la date de Pâques pour pouvoir donner le millésime correct de l’acte.


Ainsi,

- un acte du 10 avril 1556 est en fait à rétablir dans notre calendrier au 10 avril 1557 dans notre calendrier ;

- un acte daté du 3 mars 1557 est en fait à rétablir dans notre calendrier au 3 mars 1558 ; - un acte daté du 19 avril 1557 est de 1557 dans notre calendrier ; - un acte du 11 avril 1558 est de 1558 dans notre calendrier.


Le calendrier grégorien


L’année qui commence à Pâques ou à une autre fête n’est pas la seule originalité du monde moderne. L’autre concerne la durée du calendrier, car l’on utilise encore le calendrier julien réformé par Jules César en 46 av. J.-C., l’année étant réglée sur la révolution solaire estimée à 365 jours et un quart de jour, donc 6 heures. L’année ordinaire comptait 365 jours et, pour tenir compte du quart de jour, l’on ajoutait un jour tous les 4 ans, alors intercalé entre le 24 et le 25 février : ces années de 366 jours sont les années bissextiles. Or, ces années sont plus longues que la révolution solaire de plusieurs minutes, et ce retard se cumule progressivement, et a pour effet, notamment, de rendre le calcul de Pâques inexact en remontant l’équinoxe de printemps, le 21 mars, en raison des jours en trop qui se sont peu à peu ajoutés. Au XIIIe siècle, on a ainsi 7 jours de trop, et en 1582 10 jours.

Il revient au pape Grégoire XIII, élu en 1572, de régler ce problème. Il fait appel au mathématicien allemand Christophe Clavius dont le calcul est adopté, et, par une bulle du 24 février 1582, le pape prévoit de supprimer 10 jours, passant ainsi du 4 au 15 octobre. Le nouveau calendrier prévoit en outre de supprimer le nombre d’années bissextiles pour éviter le retard, et l’on décide ainsi qu’une année séculaire sur 4 ne sera pas bissextile : 1600 l’est, mais non 1700, 1800 et 1900. Ce nouveau calcul permet de n’avoir que quelques secondes de trop par rapport à la révolution solaire, ce qui crée un décalage minime.

Cependant, tous les pays n’adoptent pas la réforme, promue par la papauté alors que l’Europe est divisée religieusement, entre les Protestants et les catholiques. Les premiers Etats à l’adopter sont les catholiques : l’Italie, l’Espagne, le Portugal. En France, on supprime les jours situés entre le 9 et le 20 décembre 1582 pour rattraper le retard. François d’Anjou, frère du roi Henri III qui avait été appelé par les provinces du nord des Pays Bas soulevées contre le roi d’Espagne, supprime très maladroitement les jours entre le 21 décembre et le 1er janvier.

Comme pour le style de Pâques, certains pays tardent. En Angleterre, il faut aussi attendre le XVIIIe siècle : un acte du Parlement de 1751 décide de supprimer du 2 au 14 septembre 1752. La Russie, elle, conserve le calendrier julien jusqu’au XXe siècle et la révolution d’Octobre 1917 a ainsi eu lieu… en novembre.


D. F.



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